Notre monde actuel tourne autour de l'Avoir, le Monde Sacré d'Emmanuel gravite autour de l'Etre.

L'amande peut symboliser la croyance et la connaissance car elle possède une écorce et un noyau. L'écorce représente la croyance, l’extérieur, la manifestation et le noyau la connaissance, l’intérieur, le Principe. Ces deux formes ne sont pas antinomiques, elles sont complémentaires et ne doivent en aucun cas être opposés l'une à l'autre ; elles forment un tout.
Suivant le symbole utilisé, nous pouvons constater que l'écorce est visible par tous, la croyance est donc accessible à l'ensemble indifféremment. Le noyau est caché, il est au centre et seule la volonté de dépasser l'écorce permet de le découvrir. La connaissance est donc voilée, dissimulée et seul celui qualifié par sa nature propre peut la découvrir. Cette parabole exprime aussi que sous l'écorce, il y a toujours un noyau, c'est à dire que le coeur est présent partout. L'écorce peut être plus difficile à briser, plus résistante et donc le noyau moins accessible mais dans tous les cas de figure le noyau est bel et bien présent. ...
...
Cette description sommaire démontre bien la complémentarité des deux faces d'une tradition. Le croyant possède la foi, le connaissant est un chercheur de vérité. Le premier croit que sa conduite, suivant les préceptes de la religion, face exotérique de la tradition occidentale et du Moyen-Orient, lui feront obtenir le paradis céleste. Le second veut découvrir l'origine de sa foi afin de vivre dans le paradis terrestre. Pour cela, il lui faudra braver des interdits avec une intention pure et désintéressée et construire pierre après pierre son chemin. La connaissance se découvre grâce à l'intuition intellectuelle qui a son siège dans le coeur, c'est à dire que sa perception est immédiate ; elle n'est en rien comparable à la raison discursive qui à son siège dans le mental situé dans la tête. L'intuition intellectuelle nous fait découvrir le sacré et donc l'esprit alors que la raison nous limite au profane et à la matière. Le Sacré nous indique la notion de transcendance, c'est à dire la reconnaissance formelle d'un monde supra-humain. Il exprime un axe structurant universel pour l'individu. ...
...
En occident, la chrétienté a perdu au début du XIV siècle, avec la condamnation et le démantèlement de l'ordre templier, sa face ésotérique. Le compagnonnage et la franc-maçonnerie ont tenté de reprendre le flambeau, l'un n'existant plus aujourd'hui, l'autre toujours présent mais au combien éloigné des principes et même comprenant en son sein des pseudo-organisations qui renient le sacré et qui donc a aucun moment ne peuvent transmettre cette influence spirituelle capable de nous élever au dessus de notre état humain. Le soufisme est la partie ésotérique de l'Islam mais sa dégénérescence entraîne le fanatisme et le repli sur la religion seule. La connaissance nous donne une grille de lecture des textes sacrés qui permet d'en comprendre le sens caché, par sa nature, elle ne peut absolument pas engendrer l'extrémisme et le prosélytisme qui sont des considérations purement matérielles. ...
...
La réalisation de la connaissance la rendra pleine et entière. Nous sommes comme la partie basse du sablier qui s'emplit du Sacré, qui vient du haut, remplaçant le profane qui est en nous. C'est à ce moment là que la Connaissance peut se réaliser, en Occident, au travers de la pratique de l'exotérisme qui lui correspond. La croyance peut ne pas mener à la connaissance, par contre la connaissance certifie la croyance. Elle peut être considérée comme les fondations de l’édifice que nous bâtissons, par sa nature et sa fonction, elle ne peut pas, bien au contraire, disparaître quand l’édifice est achevé. Généralement, on objecte à cet instant que les textes védiques auxquels nous faisons référence, tout comme les textes taoïstes, ne nous parle pas d'ésotérisme, ni même de Dieu, comme le nomme les occidentaux. Bien sûr qu'ils ne nous en parlent pas car ces textes proches de la source originelle s'adressaient à ceux qui n'avaient pas besoin de manifestation de Dieu, ils étaient proches de lui ; du moins proche du Principe Suprême. C'est bien plus tard, avec l'éloignement du Principe que la forme religieuse est apparue. C'est à un état antérieur que se trouveront ceux qui participeront au cycle nouveau. La vie sociale, comme nous l'entendons aujourd'hui était subordonnée directement au sacré. C'est cette objection, cette méconnaissance, qui est la cause de ces erreurs d'interprétation dont nous parlions tout à l'heure. ...
...
Nous voyons bien là que le chemin est jonché d’obstacles démesurés, que la volonté doit être sans faille mais surtout que la connaissance qui sera obtenue ne sera que parcellaire et très éloignée du Principe, mais elle est là et dans l'état dans lequel se trouve notre monde occidental, rejoint maintenant dans les ténèbres par l'orient, les bribes qui seront trouvés par celui qui cherche seront suffisantes pour transmettre cette Tradition qui éclairera à nouveau le monde lors du prochain cycle. Ces bribes seront elles suffisantes pour qu'il puisse parvenir à l'Unité et à la Délivrance ? Elles le seront car si la pratique de l'exotérisme ne suffit plus, il faudra le compléter avec le détachement et le retrait, parties d’une ascèse qui comprend notamment l’exercice des vertus et l’abandon de la volonté propre. Nous ne pouvons mais nous devons absolument faire tout ce que l’on peut avec les moyens dont on dispose. Ces moyens conduiront immanquablement celui qui chemine vers sa destination, montagne sacrée, éclairée par les puissants rayons de la Tradition et guidée pendant toute sa marche par l'Axe Sacré, qui trouve son origine dans la ténèbre.
Laurent Mollard - Le Monde Sacré d'Emmanuel