Notre monde actuel tourne autour de l'Avoir, le Monde Sacré d'Emmanuel gravite autour de l'Etre.
La lecture de cet ouvrage est intéressante mais aussi déroutante du moins du point de vue traditionnel et nous allons nous en expliquer. Auparavant, nous tenons à dire que nous ne faisons point une critique de cet ouvrage mais un commentaire ce qui signifie que nous donnons notre point de vue et nous pouvons le faire car cet ouvrage nous le permet et c’est bien là un de ses intérêts.
L’ambition de ce livre nous est dite dans l’introduction ; « apporter au plus grand nombre des outils de « développement personnel » qui « est le terme générique de la volonté commune à tous d’être la plus belle version de qui nous sommes. ». Celui qui chemine sur la voie traditionnelle sait que l’initiation maçonnique transmet la Fiat Lux, vibration qui éveille l’étincelle qui se situe dans notre cœur pour élever notre esprit. Il s’agit donc bien de spiritualité et non pas de développement personnel et surtout pas comme il est écrit quelques lignes plus loin « l’amélioration des relations avec les autres, le renouvellement de sa carrière professionnelle comme pour simplement se « sentir bien », apprendre à devenir qui l’on est ou aborder une quête spirituelle. » Le développement personnel, c’est bien ce que je viens d’extraire à l’exception de la quête spirituelle qui elle est bien ce que cherche le pèlerin traditionnel. C'est-à-dire une Connaissance de soi et du Soi transcendant, universel et immuable, c'est-à-dire la personnalité différente de l’individualité qui « vit » dans l’humanité qui se limite à notre état humain. Le développement personnel est une construction moderne qui n’a aucun fondement ni légitimité si ce n’est s’opposer à la spiritualité transcendante. Au point de vue traditionnel, le développement personnel serait justement la connaissance de la personnalité, c'est-à-dire le Soi transcendant alors que dans le monde profane il serait plus juste de parler de développement de l’individualité. C’est bien le parfait exemple du mélange des genres détourné que l’on fleurir partout.
Dans cet ouvrage de très nombreuses citations viennent du monde spirituel ; Maître Eckhart, le Zohar, le Véda, la Bhagavad-gita, comme si on voulait cacher ce côté spirituel mais nous indiquer tout à la fois qu’il existe car pour une fois, et c’est assez rare dans ce type d’ouvrage, d’où un autre de ses intérêts, les notions spirituelles ne sont pas détournées de leur sens véritable où du moins ne sont pas utilisées à des fins laïques, malgré parfois quelques mélanges qui ne peuvent être évités par l’auteur. C’est dans le dernier tiers de son ouvrage, en quelques pages, que l’auteur aborde la spiritualité maçonnique. On apprend dans ce court chapitre que la spiritualité maçonnique est religieuse au sens le plus noble du terme mais elle n’est en rien une religion. Nous ne savons pas ce qu’a voulu dire l’auteur dans la première partie de cette phrase, par contre dans sa deuxième partie il a raison car suivant le point de vue traditionnel, la franc-maçonnerie à son origine pouvait transmettre la doctrine de la Connaissance qui est en occident le cœur de la Tradition avec son côté ésotérique (initiation) et le côté exotérique était, est la religion catholique et chrétienne (croyance). Les deux étant aujourd’hui considérablement éloignés du Principe, on ne peut que très difficilement retrouver le chemin traditionnel. Dans la suite de ce chapitre, nous pouvons lire que « la franc-maçonnerie est un art éminemment spirituel et que le travail sur soi est une condition sine qua non de l’accès au nirvana » et quelques lignes plus loin que « le Grand Architecte qui est la dénomination où de nombreuses options de croyances peuvent se cacher ( !) révèle une foi sociale et politique et le désir de créer un monde idéal où tous les hommes auraient simplement la possibilité de vivre en toute « égalité, liberté et fraternité » ». Ce que nous lisons là est bien l’exact opposé de la spiritualité puisque la spiritualité traditionnelle doit effectivement permettre de nous connaître afin de trouver notre unité mais non pour créer un monde idéal car cette spiritualité traditionnelle nous apprend, grâce à la Connaissance, que le monde dans lequel nous vivons est éphémère et contingent, tout comme notre individualité, et que si cela nous est possible nous pouvons dépasser notre état humain. Cela n’a rien à voir avec la création d’un monde meilleur , c’est bien là un exemple du mélange qui existe entre le profane et le sacré. Un autre exemple nous est donné lors de l’explication du premier voyage de l’initié. L’auteur nous présente une carte du tarot, la maison-Dieu, en indiquant « qu’elle peut représenter ainsi, soit l’humanité, soit l’égo anéanti par l’épreuve et retrouvant une certaine voie naturelle, à moins que ce ne soit le signe nous avertissant que la voie de l’égo et celle de la raison omnipotente ne sont que des impasses… ». Nous nous trouvons donc face à deux chemins, celui qui compose avec son égo grâce à une voie naturelle ( ?), qui est certainement la voie du développement personnel et le chemin qui dit que l’égo et la raison sont des impasses, c’est la voie traditionnelle qui désire l’éradication de l’égo en suivant l’Axe sacré qui se situe bien dans le cœur du cœur et non pas dans la tête là où se situe la raison. Cet Axe sacré se découvre grâce à l’intuition intellectuelle.
En continuant la description de l’initiation, nous pouvons lire dans un commentaire de la cérémonie d’initiation que la raison du silence est que pendant ce temps de non parole l’apprenti va peu à peu se dévoiler et il passera de la personne à l’individu alors que la démarche traditionnelle c’est bien de l’individu à la personne qu’il s’agit de passer comme nous l’avons vu au-dessus. C’est avec beaucoup d’intérêt que nous avons lu le discours de l’apprenti puisque nous voyons de très nombreuses références au Créateur : « Il est la sagesse même » !, « l’excellence de l’homme doit s’appuyer sur les trois vertus théologales (foi, espérance et charité)…et sans leur pratique tout l’édifice s’écroule…La paye de l’apprenti est la confiance en Dieu et cette paye nous sera donnée sous trois conditions qui sont : le repentir, la pénitence et l’aveu de notre faute, que par le signe de la quadruple équerre qu’il ne nous faut représenter que par un sincère exercice du culte qui nous est prescrit, et un saint usage de la prière qui nous est enseignée. ». Je crois que tout ce texte parle de lui-même, la notion de transcendance occupe une place centrale alors pourquoi disparaît elle par la suite ?
En fin du livre, le terme être est beaucoup utilisé notamment nous apprenons qu’il doit être restauré mais alors pourquoi faire ? L’Etre correspond au monde manifesté mais il « existe » un monde au-delà de l’Etre qui est « contenu » dans le monde non-manifesté. La Connaissance tente de nous approcher de ce monde là sachant que notre état humain ne pourra jamais totalement l'appréhender. L’Etre est en quelque sorte une limitation que la métaphysique, au travers de la Connaissance, doit nous faire découvrir mais aussi aller au-delà, puisque l’Absolu qui contient le manifesté et le non-manifesté ne connaît aucune limitation en raison de son infini.
L’épilogue nous permet de saisir l’humilité de l’auteur car elle doit nous précéder dans notre cheminement. Chacun possède sa vérité qui devra, le moment venu et selon chacun, se déverser dans la Vérité totale.
Petit manuel d’Eveil et de pratique maçonnique, par Alain Subrebost aux Editions Dervy
Laurent Mollard